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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 17:46

En 1998, c'était une victoire sportive sur le toit de la planète foot qui nous avait fait nous réjouir, sauter de joie, tomber dans les bras les uns des autres, et défiler sur les Champs Elysées.

Zidane avait conduit l'équipe de France à la consécration, c'est Lilian Thuram qui l'avait qualifiée en demi-finale, et c'est Emmanuel Petit qui avait marqué le 3ème but du 3-0 contre le Brésil. Black, Blanc, Beur, la marque de fabrique d'une France qui gagne, pacifique mais conquérante.

En 2015, c'est la même France qu'on assassine par imbécilité autant que par fanatisme, si tant est qu'on puisse les distinguer.

Les victimes de Charlie Hebdo, le flic du XIème arrondissement, la fliquette stagiaire de Montouge, les clients de l'hyper casher de la Porte de Vincennes : Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignous, Wolinski, Clarissa Jean-Philippe, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yohav Hattab, François-Michel Saada, tous fauchés par l'intolérance et la vacuité existentielle abyssale d'assassins qui se sont pris pour des élus.

C'est la même France, diverse dans ses origines, unie dans sa culture, que des lâches surarmés attaquent et prétendent détruire, rendus sourds à l'humanité par des discours sectaires et simplistes, aveuglés par leur inconsistance et leurs frustrations.

A quoi rime d'aller chercher la gloire au combat sur les lieux de conflit au Moyen Orient, si c'est pour revenir exécuter des dessinateurs sans défenses, tirer dans le dos d'une policière municipale, achever un homme à terre, abattre des otages dans un magasin ?

Comment leurs mentors peuvent-ils justifier cette stratégie du chaos qui est forcément vouée à l'échec parce que sans courage et sans intelligence ?

Et nous, comment ne pas être en colère ?

Et comment, en même temps, appeler à la raison ceux d'entre nous qui voudraient se livrer à des actes vengeurs tout aussi imbéciles et injustes ? Comment expliquer à certains de nos jeunes les subtilités de la liberté d'expression, qui permet de combattre des idées, éventuellement en les moquant, mais qui interdit d'inciter à la haine contre des personnes ? Comment comprendre nous-mêmes ce qui se produit sous nos yeux, ce qui nous arrive et que nous ne comprenons pas toujours ?

Edgar Morin, philosophe et analyste de la complexité, nous invite depuis des années à regarder le monde dans ce qu'il a d'innombrables phénomènes qui interagissent et nous obligent à les considérer dans leur globalité en même temps qu'individuellement.

Ce 18 janvier, ce jeune homme de 95 ans, twittait : " si nous voulons rééduquer les jeunes français, rééduquons nous d'abord nous-mêmes".

"Vaste projet" aurait dit le Grand Charles !

Mais ce sont bien des jeunes français qu'il faut rééduquer, quelles que soient leurs origines familiales ou sociales. Il n'est donc certainement pas inutile, par les temps qui courent, de s'instruire du message des religions et de leur histoire, même si, pour ce qui concerne les évènements qu'on vient d'évoquer, aucune religion ne peut servir de prétexte aux abominations qui ont été perpétrées. Mais précisément, parce qu'elles sont invoquées par des criminels, en Afrique d'abord, mais aussi au Moyen-Orient, et maintenant en Europe, nous devrions être en mesure de redresser les discours déviants, et de pointer les inexactitudes et les interprétations fumeuses d'initiés autoproclamés. Pour mieux comprendre, et pour mieux éclairer une jeunesse qui a besoin de comprendre.

A commencer par le terme de califat, qui n'est rien d'autre qu'une revendication territoriale pour instaurer sa propre loi, qu'elle soit d'inspiration spirituelle ou militaire. Quand on parle de califat, c'est bien de conquête sur des territoires et d'assujettissement de leurs peuples qu'il s'agit. En ce sens , Hitler aurait pu se réclamer d'un califat !

Il ne serait pas inutile non plus que nos "observateurs" se cultivent et s'étonnent un peu moins naïvement de la capacité de dissimulation de ces personnages qu'ils nomment improprement "djihadistes", oubliant que le djihad est d'abord un devoir religieux, et que ceux qui prennent les armes pour accomplir le leur sont avant tout des fanatiques, souvent incultes au regard de ce dont ils se réclament.

Ces observateurs seraient notamment bienvenus de nous éclairer sur les sources, et sur le sens de mots tels que la taqiyya ou koutmâne qui est la dissimulation religieuse élaborée par les chiites au VIIIème siècle pour se protéger en milieu hostile. (cf L'islam contre l'islam - Antoine Sfeir , éditions Grasset et Fasquelle 2013 - Livre de poche 33399). On comprendra mieux, après ça, l'écran que les trois barbares ont réussi à dresser entre leur apparence neutre et leur projet ignoble.

Parlant de cette communauté musulmane si proche et qu'on connait si mal, une autre bonne idée revient à Alain Chouet, ancien chef de service à la DGSE, qui écrit que "nos médias seraient peut-être bien avisés de donner un peu plus la parole aux représentants des 99% (qui ne demandent qu'à vivre ne paix) qu'aux ténors du 1% (qui sont passés à la transgression), porte-parole avérés ou habilement déguisés des Frères (musulmans), toujours beaux parleurs et télégéniques qui sont payés pour cela". (Au cœur des services spéciaux - Alain Chouet, éditions La découverte 2011)

Mais puisque nous parlons de complexité, revenons dans nos frontières qui n'en sont pas exemptes. Ce 11 janvier, dans un élan de patriotisme et de fraternité, on a chanté la Marseillaise Place de la République, à Paris et dans beaucoup d'autres villes et villages en France. Et le monde entier nous a regardés, admirés, soutenus. Et nous avons même applaudi notre police, l'avons remerciée, embrassée parfois. C'est ainsi que la foule a fraternisé avec les CRS au nom des exploits guerriers du RAID et du GIGN qui venaient de "neutraliser" les terroristes. Ces mêmes CRS qui, en octobre dernier, auraient été hués pour ne pas dire davantage, après la mort de Rémi Fraisse causée par une grenade offensive sur le site du barrage de Sivens, et qui étaient là pour éviter tout débordement qu'ils auraient contenu avec virilité s'il y en avait eu.

Complexité encore de nos affects. Confusion même, peut-être.

Que penser encore de ce paradoxe qui amène à ce que les victimes juives de la Porte de Vincennes soient inhumées en terre d'Israël au motif que c'est sur cette terre qu'aura lieu l'apocalypse et que sera rendu le Jugement dernier, alors que, dans le même temps, les auteurs des crimes sont, par force de la loi, enterrés dans le sol de leurs communes de résidence à Reims ou à Gennevilliers ?

Faute d'y trouver une explication plus rationnelle que celle du fait religieux, on demeure perplexe. Comment le droit du sang, dans cette circonstance cruelle, s'impose-t-il au droit du sol ? Complexité encore.

Quelle attitude avoir vis-à-vis du Qatar, dont nombre de membres de la diplomatie ou du personnel politiques s'interrogent ouvertement sur son rôle, comme sur celui de l'Arabie saoudite, dans le financement des mouvances extrémistes qui sévissent aujourd'hui dans presque le monde entier ? Faut-il se féliciter des somptueux investissements qu'il réalise chez nous, immobiliers, sportifs ou industriels ? Regarder cela avec plus de vigilance ne nuirait certainement pas. Et demander à nos élus d'y veiller de plus près et de réunir des commissions d'enquête pourrait servir notre projet démocratique, quels que soient les intérêts en jeu.

Mais, complexité, nous dira-t-on.

Et c'est vrai que toutes ces questions sont bien loin de trouver une réponse. Pas plus ici, dans ces quelques lignes, que dans nos esprits fracassés par ce que nous venons de vivre collectivement. Mais ne les évacuons pas. Ne les étouffons pas. Lisons, informons-nous, discutons, confrontons nos points de vue, écoutons-nous. Ecartons la naïveté comme les idées toute faites. C'est ainsi que nous dépasserons le seuil de nos réactions viscérales, que nous sortirons aussi de l'effroi, il faut l'espérer, et que nous demeurerons cette France Black Blanc Beur, plus forte et plus fraternelle.

Inch'Allah !

ML

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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

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