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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 22:22

Claude Lherminier, octogénaire portant beau, a perdu les pédales. Sa raison ne trouve plus les cale-pieds et sa mémoire connaît des sauts de chaîne de plus en plus fréquents. Mais sa fille veille au grain et à la pérennité de l'entreprise familiale. Avec amour.

Claude c'est notre Jean Rochefort. C'est Monsieur Rochefort-grand-comédien qui fait un tout petit peu de place à Jeannot-l'espiègle, pour laisser friser son œil dans les jours où son Alzheimer est de bonne humeur.

Car c'est de cela qu'il s'agit. De cette démence qui s'empare de vous de façon sournoise et qui vous permet de donner l'illusion, auprès d'inconnus qui ne connaissent pas votre histoire, d'une fraîcheur d'esprit qui s'épanouit dans des délires dont la famille fait souvent les frais.

Carole, la fille de Claude, c'est une Sandrine Kiberlain émouvante et juste.

Pour Claude, elle est à la fois sa béquille et sa poupée de chiffon dans laquelle il plante des banderilles trempées dans le sarcasme. Et se pose cette douloureuse question de savoir si, et comment, on peut maintenir à son domicile une personne atteinte de cette maladie. Carole fait tout ce qu'elle peut, elle tient la boutique, elle recrute les dames de compagnie les plus méritantes, elle est présente, elle contourne les obstacles que représente l'absence de ceux qui devraient être là.

Et Claude est très bien comme ça, et même qu'il n'a pas besoin qu'on l'aide !

Le film est tiré de la pièce de Florian Zeller "Le père" qu'a interprété l'immense Robert Hirsch au théâtre avec Isabelle Gélinas à ses côtés, jusqu'à ce qu'un pépin de santé sur scène l'oblige à baisser le rideau. Mais ce n'est pas du théâtre filmé que nous propose Philippe Le Guay. Il nous invite à un vrai voyage dans la tête de Claude avec ses fantaisies, ses fantasmes, ses a priori pour le jus d'orange de Floride et ses hantises, comme le riz au lait.

Jean Rochefort campe un vieillard désorienté jusque dans la démarche, et Jeannot-l'espiègle nous offre de ces coups de gueule truculents qui contrastent magistralement avec les regards perdus et chargés d'innocence de Claude. Voilà l'artiste !

Ça pourrait être plombé, et c'est léger comme un air de Mireille et Jean Sablon.

C'est astucieusement monté, c'est du cinéma sensible et intelligent.

Michel Deville doit certainement faire partie des références de Philippe Le Guay. Et il me semble qu'on n'a rien fagoté d'aussi juste et pointu sur les sentiments depuis, dans un autre genre, Le chat de Granier-Deferre, avec Gabin et Signoret.

Vous savez quoi ? J'imagine Jean Rochefort, nous la jouant Jeannot-l'espiègle, monter sur scène le 26 février 2016, avec son élégance et son sourire éclatant pour venir chercher son neuvième César, et nous jurer ses grands dieux qu'il ne l'a pas fait exprès.

NB: Floride sort le 12 août prochain, mais on l'a vu en avant-première.

ML

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Published by lahune - dans Culture
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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

A vos plumes, mille sabords !

Bonnes Feuilles ...

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