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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 10:23

Ken Loach fait un cinéma militant, social. Il dénonce.

De l'horreur de l'internement arbitraire d'une jeune fille récalcitrante dans Family Life (1971) à l'horreur des décisions arbitraires de l'Administration du chômage en Grande-Bretagne auxquelles est confronté Daniel Blake, en passant par la nécessité des petits larcins d'un père qui veut acheter une robe de communion à sa fille (Raining stones -1993), le toujours jeune et combattif Ken Loach (80 ans) se sert de sa caméra pour montrer, et pour dénoncer les situations kafkaïennes que l'Homme, sous couvert d'une administration orientée pour le soumettre, fait subir à son frère.

Dans ce maelström d'iniquité, il y a ceux qui servent le système et ceux qui le subissent. Parfois, il y a ceux qui se dressent. Il y a Daniel Blake.

 

Daniel, la cinquantaine bien avancée, menuisier de son état, a eu un accident de santé, le cœur qui s'est mis en grève, à la suite de quoi il a perdu son emploi. Impasse, le corps médical ne le juge pas encore apte à reprendre un travail. Trop fragile, encore quelques mois de convalescence, le temps que le traitement produise plus d'effet.

En France, on a une Sécurité sociale qui, pendant quelques mois vous prend en charge à 100%, et si vous perdez votre emploi, d'autres aides viennent en relais pour vous aider à naviguer dans cette galère, parce que, depuis 1945, aucun gouvernement n'a osé remettre en cause ces avancées essentielles du Conseil de la Résistance. Mais d'aucuns en parlent...

Au Royaume-Uni (adjectif fort discutable), c'est le JobCenter Plus qui "administre" votre cas. Donc, Mister Blake, first of all, vous allez s'il vous plait chercher du boulot, pendant 35 heures par semaine au minimum, et que ça saute ! Et vous nous rapporterez les preuves de vos démarches.

Si par chance, l'une de vos démarches aboutit à une offre d'emploi, vous serez bien obligé de dire que vous n'êtes pas médicalement apte, et vous vous ferez insulter par le boss.

Et puis votre CV au crayon de papier, comme ça, sans preuve que vous l'ayez donné à qui que ce soit, vous savez ce qui va se passer Mister Blake ? Vous allez avoir une sanction : de un mois sans indemnités  la première fois, à trois ans en cas de récidive au prochain pointage !

Humiliation !

Bien sûr, vous pouvez renoncer à vos indemnités chômage et opter pour la pension maladie, mais ça fera moins d'argent, Mister Blake.

 

Et qu'est-ce que c'est que cette jeune folle, avec ses deux lardons, qui braille qu'elle est arrivée en retard au pointage parce qu'elle a raté le train et qu'elle ne connait pas la ville ? Sécurité, faites évacuer cette dame !

 

Ils en sont là nos héros, au bureau du JobCenter Plus, héritiers de l'ère Thatcher, la "dame de fer" qui a redressé le pays, comme se plait à le dire l'un des candidats à l'élection présidentielle de notre République.

Mais les anglais sont résistants, et plus ils sont pauvres plus ils s'entre-aident. Parfois on rencontre bien quelque salopard pour vous faire une proposition dégradante, mais d'autres fois on croise une belle âme.

Daniel et Kate, avec ses deux gamins, vont se serrer les coudes. Epaule contre épaule, ils vont tâcher de résister. Jusqu'où ? Jusqu'à quand ?

 

Ken Loach ne donne pas de leçon, il ne fait que montrer ce qui est.

On se dit que ce n'est pas possible, que c'est exagéré, que c'est de la science-fiction.

Mais non. Tout est réel. C'est sa colère que le réalisateur nous fait partager.

Mais c'est de la Grande-Bretagne qu'il s'agit (grande ?), pour nous, la colère de Loach deviendra donc de  la crainte. De cette crainte qu'au nom des erreurs de gestion (peut-être...) des gouvernements passés, il se trouve un énergumène néo-libéral de droite ou de gauche - la frontière est de plus en plus ténue - qui impose au bon peuple de faire de nombreux trous à sa ceinture sociale pour réparer les bêtises, comme si lui, le bon peuple, il en était responsable.

 

On parle des douleurs de la Grèce, de l'Espagne, c'est le Sud. On parle de la splendeur de l'Allemagne, c'est le Nord. Mais on ne parle pas de la misère des anglais, et il y aurait beaucoup à dire sur le "succès" allemand.

Ken Loach, lui, il nous donne à voir ce qu'est la réalité de son pays, car rien n'est inventé, rien n'est truqué, rien n'est exagéré. Tout ce que vivent Daniel Blake et Kate, des centaines de milliers de rosbifs le vivent. On comptait en 2014 presque 2 millions de mal nourris de l'autre côté du Channel (article du Monde en suivant le lien ci-dessous 1)

Prenons garde aux apprentis-sorciers qui, en ces temps de racolage électoral, voudraient nous faire prendre leurs vessies pour des lanternes.

Et serrons les coudes. Car le moins pire n'est jamais sûr !

 

Daniel Blake, Kate, Ken Loach : 20/20 avec mention pour les acteurs Dave Johns et Hayley Squires.

 

ML

 

1/ http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/04/07/malgre-la-reprise-economique-le-royaume-uni-touche-par-la-faim_4609782_3214.html

La bande annonce ici : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19564084&cfilm=241697.html

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Published by lahune - dans Culture
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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

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