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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 11:08

Comme trop souvent c'est le cas, nos télévisions se contentent de mettre en page les effets d'un phénomène sans prendre la peine d'en expliquer les causes. C'est ainsi qu'on nous montrait, ces derniers jours, des banques aux portes fermées, puis des files de clients attendant devant les distributeurs automatiques de billets des mêmes banques, le tout commenté par des micros-trottoirs d'une valeur économique à peu près aussi forte que les brèves de comptoir du coin de la rue.

Alternatives économiques, en quelques lignes, nous permet d'y voir plus clair grâce à cet article que nous reproduisons ci-dessous. Bonne lecture et Joyeuses Pâques !

La bombe chypriote désamorcée


Guillaume Duval (Alternatives économiques)
Article Web - 26 mars 2013

Même si le pays est très loin d’être tiré d’affaire, l'accord trouvé le 25 mars dernier est une bonne chose car la sortie de Chypre de la zone euro aurait été lourde de menaces.

Chypre a bien failli relancer la crise de la zone euro. Il faut dire que l’équation chypriote était particulièrement difficile à résoudre. Chypre est membre de l'Union européenne depuis 2004 et de la zone euro depuis 2008. Le pays ne compte que 870 000 habitants, soit 0,3 % de la population de la zone euro. En 2012, son PIB était de 18 milliards d'euros, moins de 1 % de celui de la France. Et sa dette publique - 16 milliards d'euros en 2012 - ne représente jamais que 0,2 % de celle de la zone euro. Pourtant, ce confetti a bien failli remettre le feu aux poudres de la crise. Il faut dire qu’il était devenu un paradis fiscal dont le système bancaire était totalement surdimensionné, ses actifs représentaient 7 fois le PIB chypriote, en accueillant notamment l’argent – plus ou moins propre – des oligarques russes : en 2011 Chypre était ainsi le premier investisseur étranger en Russie. Mais les banques chypriotes avaient aussi beaucoup investi en obligations d’Etat grecques. Leur santé financière avait donc été mise à mal quand la dette grecque détenue par les banques avait été annulée en mars 2012.

L’Etat chypriote, très endetté, avait quant à lui déjà de grosses difficultés à emprunter sur les marchés : il avait dû faire appel en 2011 à un prêt de 2,5 milliards d’euros de la Russie pour assurer ses fins de mois. Il était donc incapable de venir au secours de ses banques. Depuis l’été dernier, il avait sollicité l’aide de la troïka mais les négociations n’avançaient pas. Pourtant les échéances approchaient : fin mars, faute d’accord, le pays risquait de se trouver en cessation de paiement ce qui aurait relancé la spéculation dans toute la zone. D’où l’accélération des dernières semaines.

Cet accord était difficile à mettre au point pour de bonnes raisons : Chypre avait besoin de 17 milliards environ dont une dizaine pour recapitaliser ses banques. Mais ces 17 milliards supplémentaires auraient amené le niveau de sa dette publique à quasiment deux fois le PIB, un niveau d’endettement insupportable que le pays n’aurait jamais pu rembourser. De plus il était politiquement très difficile de demander aux contribuables de la zone euro de prêter 17 milliards d’euros à Chypre pour sauver la mise des oligarques russes. D’où la limite de 10 milliards d’euros fixée au volume du prêt envisagé par la troïka et la demande que les dirigeants chypriotes trouvent le reste.

Dans un premier temps, ceux-ci ont cherché à ménager les oligarques russes (et l’avenir de l’île comme paradis fiscal) en proposant de taxer tous les dépôts bancaires, y compris ceux inférieurs à 100 000 euros qui sont pourtant censés être garantis dans toute l’Europe. Un mouvement qui a bien failli relancer la défiance au sein de la zone mais qui a – heureusement - été bloqué rapidement. Au final, après avoir tenté en vain d’obtenir une aide de la Russie, les dirigeants chypriotes ont donc accepté le 25 mars dernier de prélever les milliards d’euros manquants sur les dépôts excédant les 100 000 euros afin de recapitaliser leurs banques. Même si le pays est très loin d’être tiré d’affaire, c’est une bonne chose car la sortie de Chypre de la zone euro aurait été lourde de menaces. Des risques géopolitiques plus que strictement économiques : la moitié de Chypre est occupée par l’armée turque et l’île se trouve à quelques encablures du Liban, d’Israel et de la Syrie. Elle aurait pu devenir un foyer d’instabilité dangereux dans une zone critique.

Guillaume Duval

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Published by lahune - dans économie-social
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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

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