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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 10:08

 

Enfin une question fondamentale !  Le lecteur pensera peut-être qu’étourdi par les bulles et les yeux encore emplis de cotillons, j’ai quelques difficultés à me remettre d’avoir, une fois encore, consommé plus que de raison ce nouvel opium du peuple que représentent maintenant les fêtes dites « de fin d’année ». Et bien non, je me pose sérieusement la question de savoir si le père Noël est gaucher, droitier ou ambidextre et j’ai quelques raisons pour cela.

 

Prenons les choses par le début. Quitte à décevoir le grand enfant qui sommeille dans l’âme du lecteur de « la hune », le père Noël n’existe pas. C’est un mythe, c’est à dire une construction (venue d’ailleurs des Etats Unis) qui a probablement pour origine la légende de Saint Nicolas (le vrai, pas le petit ex président qui lui, n’avait rien d’un saint). Un mythe est donc issu d’une histoire plus ou moins réelle, et qui a vocation de fonder une organisation sociale ou religieuse, voire une morale. Et c’est là que l’on peut s’interroger, non pas sur le fait que le Père Noël soit gaucher ou non (en réalité, on s’en moque totalement) mais sur l’utilisation abusive du mythe dans le discours de certains dirigeants de gauche. Quelques réflexions…

 

Depuis des générations en France, droite et gauche rivalisent d’ardeur pour confisquer à leur profit des symboles qui ne sont au fond, que des outils de communication. La droite classique a tenté de s’approprier le drapeau tricolore, l’extrême-droite y a ajouté la confiscation du symbole de Jeanne d’Arc, censée rassembler les nationalistes de tous poils ; La gauche n’a pas été en reste avec la fête du travail, le drapeau rouge ou la révolution de 1789 dont tout le monde sait pourtant que c’était une révolution bourgeoise. Les néo-gaullistes ont bien essayé de s’approprier la Résistance mais cette tentative était vouée à l’échec dans la mesure où la gauche et notamment les communistes y avaient pris une part prépondérante. Bref, tout cela pour dire que l’utilisation du symbole est devenue monnaie courante dans la vie politique française, qu’il n’y a pas lieu de s’en offusquer mais seulement de ne pas en être dupe.

 

L’utilisation du mythe peut s’avérer beaucoup plus dangereuse pour un parti politique qui prétend exercer effectivement le pouvoir car, passée l’épopée de la conquête, les réalités viennent rapidement tempérer les réformes et faire grossir les rangs des déçus. Le mythe du « grand soir », même habillé de mots plus contenus, persiste à habiter le discours d’une extrême gauche qui n’aspire pas au pouvoir par la voie des urnes. On peut évoquer les « mélenchonneries » qui émaillent à un rythme quasi hebdomadaire le discours de responsables du PC ou du Front de Gauche et qui obligent ces formations à adopter progressivement une position d’opposition marquée au gouvernement Ayrault. (On fera observer à ce propos qu’il y a fort à parier que ces formations spéculent sur une défaite sévère du PS aux prochaines consultations électorales et que leur stratégie consiste à anticiper l’échec d’une alliance avec ce parti pour présenter des listes autonomes, notamment aux élections municipales. On verra…)

 

Il y a bien longtemps que la gauche modérée a renoncé à utiliser ce discours mais néanmoins, l’appel au mythe ressurgit parfois au détour de certaines postures et l’effet en est assez désastreux. L’épisode de la « nationalisation temporaire » des hauts fourneaux de Mital en est un exemple. Accréditer l’idée que cette nationalisation était possible financièrement pour l’Etat, stratégiquement  au regard du monde industriel   et rentable à terme relève du mythe et non de la réalité. La déception du monde du travail est à la hauteur de l’espérance qu’avait suscitée le discours mythique. Ce n’est pourtant pas la première fois que la gauche une fois installée au pouvoir doit faire face à la cohorte des déçus mais la leçon n’a pas encore suffisamment porté. La force de la droite, c’est de savoir utiliser le symbole sans jamais recourir au mythe, ce qui limite le risque de déception de l’électeur à qui l’on tentera d’expliquer, avec des arguments rationnels, pourquoi toutes les promesses n’ont pas été tenues. Le handicap de la gauche, c’est de recourir encore parfois au mythe, ce qui rend inopérantes les explications, même rationnelles, pour justifier les écarts avec les promesses initiales. Le recours au mythe a pour conséquence que la raison devient insuffisante pour endiguer la déception : c’est toute la croyance qui s’écroule.

 

 Petit exercice pratique : Pour les opposants à la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes, ce cas relève-t-il du symbole ou du mythe ?  Les deux, mon général : Face à la décision d’élus locaux bardée d’arguments rationnels sur le plan économique et environnementaux (qui restent, semble-t-il, à redémontrer), les opposants utilisent l’épopée quasiment mythique du Larzac en cherchant à créer l’événement symbolisant l’opposition de gauche au gouvernement Ayrault. Il est clair que cet objectif n’est pas celui de tous les opposants mais qu’il est présent notamment au Front de Gauche et dans des mouvances de tradition plus libertaires.

 

Tout cela pour dire en définitive que le gouvernement serait bien inspiré de mettre en sourdine les propos qui relèvent du mythe et qu’il se consacre davantage à des réformes de fond concernant le monde de la finance ou la réforme fiscale. La décision du Conseil Constitutionnel qui a censuré la partie de la loi budgétaire relative à la taxation à 75% des plus hauts revenus est intéressante à ce propos : Cette taxation a valeur de symbole pour l’électorat de gauche comme de droite, bien que son enjeu financier n’ait semble-t-il qu’une portée symbolique (500 millions d’Euros sur un budget de plus de 300 milliards). Cela étant, il est important que d’une manière ou d’une autre, mais conforme à la Constitution, cette mesure soit appliquée en raison de sa fonction symbolique. Dans le même ordre d’idées, la « mise au pas du monde de la finance » ne sera que de l’ordre du mythe si des progrès plus conséquents ne sont pas accomplis pour règlementer l’activité du monde bancaire, avec le risque de déception inhérent.

 

Revenons à notre question fondamentale : Le Père Noël est-il gaucher, de gauche, d’extrême gauche ? Que la Gauche cesse de croire au Père Noël et à ses mythes et ce sera vraiment le plus beau cadeau qu’elle nous fera.

 

 

dr

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Published by lahune - dans économie-social
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Guy Flury 04/01/2013 08:50

Et si on proposait au gouvernement un petit séminaire privé pour l'aider à surmonter la problématique mythe/symbole? En attendant, un des moyens pour y arriver serait déjà d'appliquer les réformes
de structure promises! Fiscalité, Finances. Rien que d'engager ces réformes stériliserait tous les contre-feux allumés par la droite et ses alliés (pigeons, medef, etc..)

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