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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 17:49

 

 

 

 

 

Madame,

 

J’irai droit au but : je souhaite vous poser 3 questions qui me trottent dans la tête depuis plusieurs jours. Je sais que l’agitation sociale du moment pourrait vous conduire à manquer de la disponibilité nécessaire pour me répondre mais après tout, le MEDEF et le gouvernement ont largement leur responsabilité dans ladite agitation et par ailleurs, la très grande discrétion dont le MEDEF fait preuve depuis plusieurs semaines sur le dossier des retraites m’incite à penser que vous trouverez bien un moment à me consacrer… enfin, j’espère !

 

1 - Pensez-vous que le mouvement social actuel soit vraiment minoritaire ?

 

A en croire votre homologue de la CGPME, Jean-François Roubaud, les grévistes sont ultra minoritaires dans le pays. Le Président de la République, votre ami Nicolas Sarkozy, en rajoute une couche en promettant de rétablir l’ordre et de mettre fin aux blocages qui empêchent les Français d’aller travailler… Mais vous, Madame, qui avez dirigé l’IFOP, grand institut de sondage, de 1990 à 2008, vous savez bien que toutes les études d’opinion actuellement réalisées indiquent que les Français sont opposés à plus de 70% à la réforme des retraites, telle qu’elle est voulue par le gouvernement et le patronat. Sauf à affirmer que l’on peut faire dire n’importe quoi aux sondages (ce qui n’est pas totalement faux) et qui reviendrait pour vous à scier aujourd’hui la branche sur laquelle vous vous êtes assise pendant 18 ans, une telle majorité et une telle constance dans la détermination des opposants à cette réforme montre à quel point vous êtes en décalage avec la réalité sociale du pays…. Car ce n’est pas une majorité de Français qui souhaite travailler et en est empêchée, mais une majorité qui voudrait bien faire grève mais en est empêchée du fait de la précarité, de la peur de la perte d’emploi, de la baisse du pouvoir d’achat, du chômage du conjoint… Alors, Madame Parisot, si vous pensez vraiment que le mouvement social actuel est minoritaire, vous aurez droit à une question subsidiaire : seriez vous sourde ou intellectuellement malhonnête ?

 

2 : Comment le MEDEF peut-il vouloir retarder le départ à la retraite alors que la pratique constante de ses adhérents depuis 30 ans a consisté à licencier les travailleurs les plus âgés ?…

 

Faites ce que je dis mais ne dites pas ce que je fais depuis 30 ans… Comme le soulignent Antoine d’Autume et Jean-Olivier Hairault, professeurs à l’université Paris I, « Notre taux d’emploi des 55-59 ans se situe à  54%. Ce taux proche de la moyenne de l’Europe à quinze n’est pourtant pas motif de satisfaction. Le niveau élevé de l’emploi féminin dans notre pays le tire vers le haut et la France fait beaucoup moins bonne figure en ce qui concerne l’emploi masculin. Dans cette classe des 55-59 ans, elle se situe six points en dessous de la moyenne euro-15. D’autre part, notre taux global lui-même nous place 15 ou 20 points en dessous du score réalisé par les pays nordiques (Suède 78%), les USA (68%) ou la Grande-Bretagne (67%). La situation est encore pire de l’autre côté du seuil de soixante ans puisque, à 13%,  notre taux d’emploi des 60-64 ans est de loin le plus mauvais des pays développés. »

Vous savez très bien, Madame, que ce ne sont pas les travailleurs qui ont choisi librement de quitter leurs entreprises avant d’atteindre l’age de la retraite mais parce que les pouvoirs publics, sous la pression des organisations patronales, ont mis en œuvre des dispositifs incitatifs pour faciliter les mises en pré-retraite ou les licenciements des travailleurs les plus âgés… transférés sur le régime ASSEDIC le temps qu’ils aient les annuités nécessaires pour pouvoir bénéficier de leur retraite. Et si ces dispositifs ont eu souvent la faveur du personnel, vous êtes vous posé la question de savoir pourquoi des salariés acceptent de perdre comme ça les repères sociaux qu’ils ont tant qu’ils sont intégrés au monde du travail ? Vous êtes vous demandé nomment ces travailleurs sont considérés dès qu’ils dépassent la cinquantaine ? Quelles sont leurs conditions de travail, quelle reconnaissance, notamment financière, ils peuvent encore attendre, leur ras-le-bol d’être de plus en plus souvent managés comme des enfants, à coups de chiffres, de fausses carottes et vrais bâtons ? Vous demandez-vous pourquoi ils n’ont plus confiance dans la pérennité d’entreprises dont le top management et les actionnaires ont privilégié la stratégie financière au détriment des politiques industrielles et humaines ?

Alors, Madame, si vous pensez qu’il n’y a pas de contradiction entre les préconisations de votre organisation et ses pratiques, entre docteur Parisot et Mister MEDEF, vous avez droit à une seconde question subsidiaire : seriez vous aveugle ou cynique ?

 

 

3 – Comment expliquez-vous que les jeunes aient rallié le mouvement social ?  

 

Qu’est ce qui peut expliquer que dans notre société où l’individualisme devient chaque jour un peu plus la règle, la jeunesse qui n’entrevoit son intégration dans la vie active que comme un parcours d’obstacles assorti d’une précarité à développement durable, puisse s’intéresser au dossier retraite ? Cette retraite qui pour eux-mêmes ne peut avoir aucune réalité tangible… Et bien tout simplement, au-delà du fait qu’il existe une menace d’ordre « arithmétique » sur le nombre d’emplois à pourvoir si les gens partent plus tard, parce qu’ils se sentent aujourd’hui solidaires des problématiques que rencontrent leurs parents, leurs grands-parents… à cela s’ajoute le fait que comme tout le monde, ils ont entendu le candidat Sarkozy promettre de ne pas toucher à la retraite à 60 ans et une fois élu, revenir sur cette promesse comme sur beaucoup d’autres. Monsieur Sarkozy gère les affaires de la France comme l’avocat d’affaires qu’il était à savoir, il prend un dossier, le boucle (enfin, pas souvent), puis reprend un autre dossier sans le moindre souci de lui apporter une solution cohérente avec le dossier précédent… comme un avocat pourra défendre aux prud’hommes un jour, un salarié, le lendemain, un employeur en tenant des discours totalement différents. Cette conception de la politique est inadmissible pour des adultes mais elle encore plus insupportable pour une jeunesse qui a encore le sens de l’engagement et de la parole donnée.

 

Il y a juste un an, à propos de la candidature scandaleuse de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, vous disiez : « Pour autant que je sache, Jean Sarkozy a été élu au suffrage universel, et à ce titre, il peut postuler à être administrateur voire président de l'Epad"… "Je n'ai pas aimé certaines réflexions très ironiques sur son niveau de diplôme et sa jeunesse. Avec des principes comme ça, je ne suis pas sûre qu'on favorise le brassage et le renouvellement", …. "Moi je trouve tout à fait intéressant qu'il soit candidat et je serai intéressée de connaître son projet quand il en aura un"…

 

Vous voyez, Madame, si des vagues de jeunes défilent aujourd’hui sous les fenêtres de votre boutique dont, en bonne petite épicière des intérêts des puissants, vous avez par précaution baissé le rideau, c’est parce que cette jeunesse n’admet plus ce discours qui était le vôtre, l’emploi et la réussite pour ceux qui sont nés avec une cuiller d’argent dans la bouche et des amis haut placés, la précarité et l’incertitude du lendemain pour les autres.

 

Alors, Madame, si vous pensez que la jeunesse qui se mobilise pour le dossier retraite est constituée principalement de casseurs ou de lycéens adeptes de l’école buissonnière, c’est malheureusement que vous n’avez pas compris à quel point le mal est profond… vous êtes éliminée d’office…

 

Et dans ce cas, Madame, vous n’avez même pas droit à une question subsidiaire.

 

Bien à vous,

 

 

 

Pour « la Hune »

 

Dominique ROSSIGNOL

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Published by lahune
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commentaires

lambda 20/10/2010 19:24


moi aussi je vais écrire des lettres ouvertes, ou bleues, pour dire ce à propos de quoi je pense!
j'espère que cette Parisot dont à propos de laquelle tu cause lira ta lettre...
Moi je sais pourquoi le MEDEF de MESDEUX se tait...Tu veux que je te le dise? Hein ? Tu veux ? Eh bien c'est parce qu’ils jubilent et qu'il préfère laisser sarko essuyer les plâtres.


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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

A vos plumes, mille sabords !

Bonnes Feuilles ...

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