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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 13:00

 

On leur a dit que la montée des nationalismes sur fond de crise économique et de chômage dans les années 1930 avait été à l'origine de la deuxième guerre mondiale et de ses abominations, parmi lesquelles le projet d'éradication de la culture juive - je dis "culture" parce que ce n'est pas une race, être juif - caractérise de la façon la plus radicale le refus de toute "différence", et tout simplement de celui qui n'est pas "comme moi".

Dans ces années-là, il fallait trouver le bouc émissaire, celui dont le péché explique toute la misère à laquelle les plus pauvres sont confrontés, ceux-là mêmes dont la légitime révolte, fondée sur une méconnaissance des systèmes économiques et une compréhension ouverte à des discours simplificateurs, les exhorte à en découdre quoi qu'il en coûte pourvu qu'on passe à l'action.

 

On leur a dit que la sortie de la zone euro entrainerait un renchérissement de la dette de la France consécutif à la dévaluation mécanique de la monnaie nationale dans l'hypothèse d'un retour au franc.

 

On leur a dit que, par conséquent, chaque français serait redevable aux créanciers étrangers d'une somme plus importante que celle d'aujourd'hui.

 

On leur a dit que la perspective d'un "défaut" de paiement de la France, c'est-à-dire, le fait de renier ses engagement de remboursement, aurait un effet dévastateur non seulement sur l'image du pays mais aussi sur son économie et sur les emplois des français.

 

On leur a raconté ce qui s'est passé dans les pays qui ont été amenés à se déclarer "en défaut", comme ont été obligés de le faire le Mexique en 1982 (1 et 1bis), l'Argentine en  2002 (2) ou comme l'avait fait bien avant le pouvoir bolchévique en Russie en 1918 (3).

 

On leur a dit que, dans un monde globalisé - même si cette globalisation est loin d'être le résultat d'objectifs humanitaires et sociaux, mais essentiellement financiers - on leur a dit qu'imaginer dans ces conditions qu'il y avait un salut dans le repli à l'intérieur de frontières étroites et forcément perméables, était forcément une vue de l'esprit, un doux rêve, pour ne pas dire une folie pure (4).

 

On leur a dit que ces nouvelles contraintes d'un monde dans lequel les transactions commerciales et la finance circulent plus facilement que les hommes doit nous inviter à réfléchir en profondeur à des stratégies d'adaptation qui ne soient pas régressives mais porteuses d'un meilleur avenir.

 

Mais il faut croire que ces messages sont trop compliqués.

Et il le sont pour quiconque, par manque d'instruction, par héritage socioculturel, par refus personnel d'affronter la difficulté qu'il y a à écouter d'autres discours, se satisfait de paroles qui stigmatisent un Autre dans la responsabilité des douleurs subies.

Et ils le sont pour quiconque préfère la simplicité de produits insipides généreusement distribués par des chaines de télévision peu regardantes : Secret story, Qui veut épouser mon fils, Bachelor, L'île de la tentation, La ferme des célébrités, Greg le millionnaire…dont les intitulés seuls permettent d'apprécier la profondeur de l'abîme intellectuel.

Les produits sont là, prêts à être consommés, sans prise de tête. 

Vous me direz que, heureusement, il y a un service public.

En effet. Mais à partir du moment où par une simple pression du pouce sur le bouton d'une chaîne de "divertissement" il vous est permis d'oublier votre condition, dès lors qu'il vous est accordé de ne pas être obligé d'élever votre conscience, comme vous y invitait le même médium quand la concurrence n'avait pas encore abouti à ses effets ravageurs, pourquoi voudriez-vous que je n'en profite pas ? Je paye ma redevance, je regarde ce que je veux. Sauf que ma volonté est sacrément orientée! Mais aussi longtemps que personne ne diagnostiquera aimablement mon trouble, je ne veux pas en entendre parler... et j'entends affirmer ma liberté.

D'ailleurs, mes parents ne m'ont-ils pas toujours permis de regarder ce que bon me semblait en installant un récepteur de télévision dans ma chambre ?

Et dites-moi, le service public le plus regardé, France 2, qui, dimanche soir, m'a privé de mon film hebdomadaire en pérorant sur les résultats des élections européennes, ce service public-là, combien d'émission de sensibilisation, d'information, sur les institutions et les mécanismes de l'Union européenne, sur les enjeux, combien en a-t-il proposé à ses téléspectateurs inconditionnels avant le scrutin ? Ca se compte sur les doigts d'une demi-main. 

Et les partis politiques ! Les deux plus importants remarquablement incapables de porter à la tête de leurs appareils des personnes intègres. Pourtant ils n'en manquent pas ! Le "tous pourris" vieux comme les ligues de 1934 à un goût de moisi auquel  aujourd'hui plus personne ne peut se laisser surprendre. On sait bien qui a des accents de sincérité et qui n'est qu'un bateleur d'estrade.

Tout se passe chez eux comme si il fallait, comme pour la téléréalité, avoir des "gueules", des "têtes de gondoles", des gens qui auront de quoi nourrir les chroniques.

Alors, après un président "agitateur", on se laisse séduire par un président "hésitateur". Plus de la moitié d'un peuple !

Et au bout du compte, c'est un "embaumeur" qui voit le jour.

Jour sombre.

Jour où l'on embaume les vieilles idées de liberté, d'égalité, de fraternité dans un drapeau devenu brun pour avoir perdu ses couleurs trompeusement revendiquées, appropriées, et qui menacent de se délaver au contact de l'Histoire.

Mais qui la connait l'Histoire ?

Qui encore, parmi nos 18-35 ans qui se sont abstenus à 75% de voter pour un représentant au parlement européen ?

Qui encore, parmi les 25% qui ont voté et qui, à raison de 1 sur 3, l'ont fait en glissant dans l'urne un bulletin Front National ? 

C'est justement cette Histoire qu'il est temps de raconter, tous autant que nous sommes, à nos jeunes et aux moins jeunes qui n'ont pas été assez curieux pour mesurer les conséquences de leur inclination.

  

Si demain Marine Le Pen était investie de pouvoir exécutifs, outre les dangers économiques déjà évoqués et détailles dans les annexes de ce billet, ce serait la vie culturelle d'un pays qui fait référence dans le monde entier qui en serait affectée.

A titre d'exemple, l'hymne national du Honduras, pays que nos footballeurs vont rencontrer pour leur premier match de coupe du monde au Brésil. Cet hyme chante la gloire de la France qui a su faire une révolution pour s'affranchir du joug de la royauté.


Si demain Marine Le Pen avait les coudées franches, c'est le Musée de l'immigration à la Porte Dorée qui devrait fermer ses portes, comme le Musée des civilisations non occidentales du Quai Branly, comme, bien évidemment, l'Institut du monde arabe. 

C'est très probablement le musée du Louvre d'Abu Dhabi qui devrait rapatrier au Louvre de Paris les œuvres prêtées dans un objectif d'ouverture et d'échange pacifiques.

 

Si demain Marine Le Pen avait le pouvoir de le faire, de nombreuses associations seraient privées de subventions, comme déjà à Hénin-Beaumont le maire FN a coupé les vivres à la Ligue des Droits de l'Homme. D'autres seraient interdites ou dissoutes dès lors qu'elles auraient une connotation cultuelle non chrétienne.

 

Si demain Marine Le Pen était portée à un niveau de responsabilité autorisé par une démocratie qu'elle menace, il n'est pas certain que ces lignes pourraient être diffusées sans risque de perquisition, de persécution ou de poursuites.

 

Ce n'est pas un fantasme. Ca s'est déjà vu. Seuls les naïfs n'y croient pas. Et les livres d'Histoire sont bien trop rébarbatifs pour être rouverts, surtout si on soupçonne d'y trouver de quoi perdre de ses convictions étroites et confortables.

 

Alors peut-être nous appartient-il, à nous tous qui avons eu froid dans le dos dimanche dernier, d'essayer d'ouvrir les yeux, les oreilles et le cœur à ceux qui, autour de nous, juste à côté de nous, sont séduits par des propositions qui ne sont jamais mises dans une perspective historique et tout simplement humaine.

 

Peut-être bien que nous pourrions au moins faire ça.

 

ML

 

(1) http://www.ladepeche.fr/article/2010/04/29/826061-argentine-russie-mexique-quand-etats-refusent-payer-dettes.html

 

(1bis) http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/c35f1fee-a0ec-11e0-84fe-e7e2a5fd18ee/La_le%C3%A7on_du_Mexique_%C3%A0_la_Gr%C3%A8ce

 

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_%C3%A9conomique_argentine

 

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Emprunt_russe

 

(4) http://frappermonnaie.wordpress.com/2013/02/10/vous-avez-dit-defaut-souverain/

 

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Published by lahune
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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

A vos plumes, mille sabords !

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