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Ca commence par une séquence choc façon Stanley Kubrick pour Eyes wide shut.

Et on ne regrettera pas d’avoir fait la connaissance très esthétique de Brigitte Lo Cicero dans cette brève introduction où l’innocence nue est la proie d’un monde politique qui prend la forme d’un crocodile de salon.

Mais c’était trop beau pour être vrai ! La vraie vie politique est pire qu’un crocodile de salon, et on se réveille en même temps que le Ministre des Transports, lesquels peuvent aussi être amoureux.

La République t’appelle, Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet), et ce n’est pas pour baptiser le Christ. Un car s’est renversé dans un fossé des Ardennes, avec plein de gamins dedans, en pleine cambrousse, en pleine nuit, en pleine neige.

Il faut y être à tout prix. Réveiller le dircab (magnifique directeur de cabinet interprété par un Michel Blanc qui nous rappelle Mr Hire), la responsable de communication (Zabou Breitman), le ban et l’arrière-ban (Yan : Laurent Stocker), même quand il  est en train de se défoncer sous les lambris de la mère Patrie, et il faut aussi abandonner sa légitime (Séverine : Arly Jover) après un dernier et hâtif coup de rein en gardant sa chemise.

Côté situation, le scénario ne nous apprend pas grand chose : les hommes sont les hommes, et les premiers de la classe sont pire encore. On regrette même, dès le début,  ces facilités narratives dont seuls Voltaire ou Rousseau s’étonneraient en revenant trois siècles après leur mort : Quoi , la démocratie, c’était donc ça ?

On bâcle, en le corrigeant,  un discours écrit par la dircom à l’arrière de la limousine sur le chemin du drame. Il faut des formules choc, ne pas oublier la solidarité de la Nation et du Gouvernement avec les familles.

La communication aurait pris le pas sur le politique ? Première nouvelle !

Mais comme on est un homme pas ordinaire, sorti de la société civile pour se mêler aux requins des hautes études, on a gardé sa part d’humanité. Et on est sincèrement atterré devant l’étendue des dégâts, et on se recueille dans la chapelle ardente dressée à la hâte par des pompiers dont on se dit qu’ils ont forcément ça dans leur attirail.

Encore une faiblesse du scénario. Tout ça est-il plausible ? Paris - les Ardennes en moins de temps qu’il ne faut pour envoyer un sms, et la grue est déjà là, qui soulève le car, et les secours aussi, et les tentes blanches pour rassembler les corps, aussi vite, malgré la neige …

Est-ce, de la part de Pierre Schöller,  un reflet volontaire de la politique telle qu’elle nous apparaît, avec ses invraisemblances et ses raccourcis ? Un symbole ? On n’en manquera pas !

Pour le reste, qu’est ce qui nous est donné de voir ? L’histoire d’un Ministre des transports confronté à un dilemme : avaler son chapeau en acceptant de conduire une réforme qu’il ne veut pas ou … ou … on ne sait pas très bien. « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Et il n’est pas très sûr d’avoir les nerfs de Chevènement notre Bertrand Saint-Jean.

Pris dans la tourmente des contradictions qui valsent dans sa conscience, il se prend une biture en caravane aussi crédible qu’une soirée de l’Abbé Pierre chez Madame Claude.

Schöller voudrait nous faire croire que la politique française a atteint le niveau d’irresponsabilité de sa cousine belge. Pas encore, Schöller, même si la RTBF finance le projet !

Donc, le ministre Saint-Jean qui n’a d’autre légitimité que celle d’avoir été choisi par un Président de la République sorti du rang, comme lui, et qui le protège, sortira-t-il indemne, ou dans quel état, de cette souricière tendue par l’opposition interne ?

Eh oui, car l’ennemi est à l’intérieur (et même au budget) comme le vers est dans le fruit.

Comme si on ne le savait pas ! Comme si on ne lisait pas les journaux !

Alors, on a les formules qui font mouche. On se demande si Séguéla n’a pas donné son avis.

Jugez plutôt : « On ne fait pas la révolution avec des doutes ! ». Ou bien : « La politique est une meurtrissure permanente » . Didiou ! Ou encore : « Le peuple a raison de douter, il n’a pas le pouvoir ! ». Séguéla ou Hergé ? On se prend à douter …

Et dans ce cloaque, que deviendra Gilles (Michel Blanc), le fidèle serviteur de l’Etat et de son maître depuis plus de dix ans ? Gilles le sherpa, le moine soldat, dont on devine la robe de bure sous le costume-cravate.

Devinez un peu !

Alors que retient-on de tout cela ?

Une histoire d’hommes, avant tout. Avant, surtout, le décor politique qui met à profit l’actualité pré-électorale pour assurer sa promotion. Le film La conquête , de Xavier Durringer,  était sous cet angle, beaucoup plus convaincant, et plus utile.

Ici, c'est une histoire d’hommes unis par l’amitié et bousculés par l’exercice de l’Etat comme peuvent l’être leurs résolutions et leurs convictions. Jusqu’au sacrifice.

Il reste aussi une interprétation sans faille de ceux qu’on a déjà cités, et de Didier Bezace (cynique Woessner), authentique, comme d’habitude, d’Anne Azoulay (Josepha, rebelle et courageuse), et d’un inconnu, Sylvain Deblé, chauffeur-chômeur taiseux qu’on aimerait bien revoir avec plus de texte dans une prochaine production.

 

Pierre Schöller s’est fait connaître en 2008 avec un Versailles porté par Guillaume Depardieu , et auparavant, en 2004,  avec Zéro défaut dans lequel apparaissait Eric Elmosnino, lui-même quasiment inconnu avant son incarnation plus récente du grand Serge dans Gainsbourg vie héroïque.

Cet opus-là, L’exercice du pouvoir, encensé par la presse qu’on aime bien (France Inter, Télérama, …) mérite d’être vu comme un divertissement éclairé.

Pas forcément éclairant.

 

ML

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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

A vos plumes, mille sabords !

Bonnes Feuilles ...

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