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La procédure pour destituer le Président est enfin connue

 

 

Ce projet de loi s'est vu attribuer le numéro 3071. A première vue, rien d'extraordinaire: sept petits articles, signés du Garde des Sceaux. Mais ce texte, visiblement, brûle les doigts: son passage en conseil des ministres a été calé un mercredi 22 décembre, en pleine trêve des confiseurs et des journalistes politiques; c'est François Fillon, en personne, qui s'est chargé de sa présentation devant Nicolas Sarkozy; pour en récupérer une version, mercredi, c'était le parcours du combattant.

D'habitude, à l'issue du conseil des ministres, il suffit à la presse de passer un coup de fil. Cette fois, le porte-parole du ministre de la Justice, Michel Mercier, esquivait: «Voyez à Matignon». Le service presse du Premier ministre répondait: «Euh, appelez chez Ollier (ministre des relations avec le Parlement)». Et chez Patrick Ollier: «Euh, demandez à l'Elysée!» Au moins, on sait qui supervise le dossier...

Mediapart a donc attendu sagement que le projet de loi N°3071 soit publié sur le site internet de l'Assemblée nationale, mercredi dans la soirée, pour mettre la main dessus. Jamais un texte n'aura été manipulé avec autant de pincettes! Son objet? La procédure de destitution du Président de la République, mise à disposition des parlementaires «en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat».

Celle-ci avait été introduite dans la Constitution en février 2007, comme une contrepartie à la nouvelle immunité pénale accordée à l'hôte de l'Elysée pour tout son mandat. Depuis, il manquait une loi organique, qui fixe les détails et la rende «opérationnelle».

Ce droit à destituer avait été pensé en 2007 comme une soupape de sécurité, qui permette au Parlement de se débarrasser d'un chef de l'Etat qui aurait commis un crime grave (tel un meurtre) ou manqué à ses devoirs constitutionnels (en refusant par exemple de promulguer une loi).

De la procédure, on connaissait l'essentiel, prévu à l'article 68 de la Constitution: le Président peut être destitué par la Haute Cour (soit la réunion de l'Assemblée nationale et du Sénat); cette Haute Cour est convoquée après le vote d'une résolution par chacune des deux chambres; enfin, toutes ces décisions sont prises à la majorité des deux tiers.

Le projet de loi organique vient mettre fin au suspens qui portait sur des éléments «secondaires», en particulier sur l'ampleur des garde-fous imaginés pour éviter les démarches politiciennes: combien de signatures de députés (ou de sénateurs) exigées au bas d'une résolution pour enclencher la procédure? Combien de cartouches pour un même parlementaire au court de son mandat? Etc.

Sur l'essentiel, le gouvernement a suivi les recommandations de la commission Avril, qui avait pensé la révision constitutionnelle de 2007. Ainsi, la signature d'un dixième des membres d'une chambre suffira au départ, et les parlementaires pourront dégainer autant de fois qu'ils le souhaitent... Mais l'exécutif a fait preuve d'une imagination débridée en prévoyant qu'une résolution -une fois paraphée- ne pourrait être examinée en séance, et donc soumise au vote de l'Assemblée ou du Sénat, qu'avec l'accord préalable de la commission des Lois.

Celle-ci «s'assure que la proposition n'est pas dénuée de tout caractère sérieux, dit le texte. A défaut, la proposition ne peut être mise en discussion.» Fermez le ban! C'est un sacré filtre, susceptible de tuer la procédure dans l'œuf avant même que le moindre débat public ait eu lieu dans l'hémicycle!

 

 

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La Hune, pourquoi ?

La hune, sur les anciens navires, c’était la petite plate-forme située en haut du mât sur laquelle on envoyait un matelot pour surveiller la mer, les autres bateaux, voir s’il y avait des récifs… aujourd’hui, alors que les nuages de la crise économique ne cessent d’inquiéter, alors que celui qui a été élu capitaine du vaisseau « France » et ses courtisans semblent plus doués pour faire du vent plutôt que de s’occuper à rendre un peu moins pénibles les conditions dans lesquelles rame un équipage qui pourtant, avait souhaité atteindre de nouveaux horizons… disposer d’une modeste hune supplémentaire ne saurait faire de mal ; c’est la petite finalité d’un ènième blog comme celui-ci.

 

La hune, c’est aussi la « une » des journaux écrits, radios et télévisions, avec un « h » en plus… un h, parfois peut être aussi une hache, non pour pourfendre les journalistes qui dans leur ensemble font leur travail avec beaucoup de conscience, mais de temps en temps, pour rappeler que la médiatisation outrancière de l’information, sa mise en scène à grands coups de paillettes au mépris de règles élémentaires de ce qui doit être prioritaire, doivent être dénoncées comme la vigie le faisait du haut de la hune pour indiquer un danger.

 

Enfin, dans la pénombre dans laquelle nous tentons de nous diriger, on peut caresser le rêve que grâce à tous ceux qui apporteront leur contribution, la hune sera là de temps en temps pour donner un peu plus de clarté « hunaire » au milieu de la nuit dans laquelle voudraient nous laisser dormir des femmes et des hommes politiques de tous bords…

 

A vos plumes, mille sabords !

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